
___ plexus S ___
| Novembre 2008 | ||||||||||
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Puisqu’il s’agit là de l’addition de l’homme. Dans le discontinu, tu trembles et marques en blanc sur la page ce qu’il t’arrive de perforer. Tu traces dans les interlignes le temps inédit. Toi qui est vu, celui-là. Il s’arrête car l’être ne croit plus être lui-même. Un instant, il semble s’être évaporé, comme à contretemps. Un croche pied, une contradiction organisée par un soi qui s’en veut. Dans l’interdit, dans la faille du dire, tu déposes un dysfonctionnement qui fera de toi, à l’intérieur de cet animal blessé, le fanal de l’anxiété : une angoisse à anoblir, une question à redéployer. Dans la phrase du monde, tu es entre les mots. A contretemps.
Je parle de nous.
Je suis tiraillé par le sentiment d'être fait pour quelque chose que je ne fais pas. Les événements on s'en fout, ce qui compte, c'est le regard qu'on porte sur ces événements. Quelque chose dans
cet assemblage reste volontairement mal recousu, dépareillé. Ce caractère épars colle évidemment à la représentation du monde. Des flashs, des bouts dispersés, qui se confondent avec de subites
attaques de souvenirs ou d'images mentales. Riche en harmonies et interactions délicates, ouvrant un univers apaisé mais toujours fluctuant, imprévisible. Protection contre l'étrangeté. L'éclat
de ce regard constitue le fondement premier de ce que l'on pourrait nommer. Si c'est tout ce qui lui reste... Un sourire sceptique flotte sur les lèvres. L'ironie, c'est ne jamais adhérer
complètement, être dans l'écart, là où il y a du jeu.
J’ai le sentiment de faire malgré tout. C’est le cas de le dire, puisque tout me fait. Et puis de toute façon, je n’échappe pas au jeu. Il m’est donné comme il m’est donné de vivre. Il m’a fait et le rapport que j’entretiens avec lui fabrique mon esprit dual. Il est cet hypnotisme contemporain, celui qui m’est absolument immédiat et qui me regarde, là, en plein dans les yeux. Si je le double, il me reconstruit car je suis lui. Mais parfois dans l’écart, dans une distance qui me rend monde, j’ai retraduit quelques passages des antiques paroles. J’ai vu, comme avant, ce qui se trouve dans l’interdit, dans ce qui se dit entre les centres. Ces nœuds qui ne cessent de faire de la gravité une valeur crédible.
Nous savons donner notre vie toute entière tous les jours. L'imparfait est le temps nécessaire pour expliquer, qui permet la nuance. Une pièce uniquement éclairée d'une lumière noire, qui rend
fluoes lignes et formes, comme en boîte de nuit. Dans lequel il y a plein de moments d'arrêts différents. Il y a de l'air. Et ça tombe bien puisque c'est bien de nuit qu'il s'agit ici, celle du
rêve, ou de la mort. Promenade en famille. On s'énerve un peu. On se cherche un peu perdu. Dans un sac l'appareil photo oublié, tracas trop fort mieux vaut se réveiller, remonter à la surface. Un
cadre, la tête et le pied, pour éviter tout bavardage. Réduits à leur minimum, tous les objets présents prennent l'allure de silhouettes et créent ainsi un effet fantomatique très efficace.
L'enfance, le rêve, les situations instables, la disparition, la fiction... Il n'y a plus d'abonnés absents dans les histoires d'aujourd'hui, mais des répondeurs, laissez des messages, on ne vous
rappellera pas. A moins que. C'est une levée du doute. Tout le projet du jour est de mettre au livre, à force d'écouter, ce qu'il en est.
Je ferme le diaphragme. Il fait nuit dans mon soleil. En moi, j’avais fait la fiction de tout autre, j’avais rédigé par la langue ce qui me sera. Dans mon ventre et par mille morceaux, j’avais reformulé ce que l’on n'atteint pas. Au fond du noir, j’ai trouvé ce qui nous séparait.
Alors, du dire au traduire, du présent à l’imparfait, tout le projet du jour est bien dans ce que l’on n'attendait pas.
Pierre Ménard &
Mathieu Brosseau
במה הפואטיקה פועלת...
בדממה צועקת

S'il faut tristesse il y aura colère
et s'il le faut il nous faudra pleurer notre corps il nous faudra
nous mourir pour nous redevenir il nous faudra
aller en sens inverse
s'il faut tristesse il y aura ce cheval fou
cette ancre du devenir en désespoir
et s'il faut tristesse les larmes seront derrière tes yeux
et s'il le faut tes yeux auront la couleur du ciel
et s'il le faut ta tristesse aura la couleur du feu
ta colère ressemblera à mes larmes
et s'il le faut le tamis épuisera ce qui nous sépare
au final nous pleurerons ce rien qui nous anime
ce tout qui nous divise
et s'il faut tristesse c'est avec la peur au ventre que
nous croiserons les palais merveilleux et le rêve du commun accord
et s'il le faut nous irons recueillir le mot dans la langue
et l'esprit du temps viendra se loger à l'intérieur de la langue
et s'il faut tristesse le tout s'enveloppera d'un soi bien étoilé par mes soins
car il m'est encore possible de parer d'or les allures de chien
il m'est encore possible de voir du tourment dans un calme froid
il m'est encore possible de voir du poétique dans du retour anxieux
et s'il faut tristesse pour réparer une nuit
au dessus d'une tête nous irons jusqu'au bout
nous nous rendrons jusqu'à la mer qui est habillée d'un voile noir,
concave habillée d'hommes en étoile
pour cette mer il m'est encore possible de mentir car
l'angoisse fabrique la question
dont la réponse est hors de toute probabilité
dont la réponse est fabriquée là dans un élan d'oubli
dans une enfance à recouvrer car
il est encore temps de repartir
il est encore temps de se retrouver
dans un bout d'enfance sacrifié aux nervures d'un soi éclaté
dans le réseau des astres
mais s'il faut tristesse j'ai toujours le pouvoir de donner figure car
il faut tristesse pour se redresser
Mathieu Brosseau
emprunté au latin de basse époque plexus «entrelacement», dérivé de plectere «tresser»
ET
s, la dix-neuvième lettre de l'alphabet et la quinzième des consonnes.
ici nous publions
Laurent Albarracin
Edith Azam
Yves Bergeret
Jérôme Bertin
Jérôme Bonnetto
Antoine Brea
Charles-Mézence Briseul
Mathieu Brosseau
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