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Jeudi 8 février 2007


L'atelier de l'Agneau présente

Asile de Saints

Friederike Mayröcker

 

Friederike Mayröcker refait à sa façon les biographies de Chopin, Brahms, Bruckner et Schubert.

Friederike Mayröcker est une auteure très représentative de la poésie associative : libres enchaînements d'idées, de phrases, de concepts, en un apparent désordre ; mais suivant une architecture intime profonde, à la fois personnelle et adaptée à cet inépuisable magma que nous alimentons et couvons en nos âmes, ces fragments d'histoire intime que nous portons tous en permanence à l'arrière-plan de nos vies quotidiennes.

L’auteur habite à Vienne en Autrichienne où elle est née en 1924. Elle était sur la liste des « nobélisables » en 2004. Première traduction : METAUX VOISINS traduit par J.R Lassalle en 2003.  La traduction d’un roman est en cours.  Le traducteur Bernard Collignon est aussi écrivain. Il habite Bordeaux.

______

 

EXTRAITS
( à propos de la correspondance ENTRE CLARA ET BRAHMS )


"...une ligne de marginaux mènerait chez vous tout à coup ils y tiendraient"  un love-in surprise, justification pour le siècle à venir"    "(Clara, à Brahms).

"pensez un peu, je rentrerais et trouverais des gens chez moi rassemblés - un pandémonium."

"et pour peindre à son gré tous les nouveaux venus " (Brahms à Clara).

"maintenant je dois franchement me plaindre de loger ici comme dans une cuisine : des bourgeons de choux minuscules crânes de feuilles, grenus veinés de vert, et sur les tranches des étagères, tout rugueux."

"moi chanteur dilettante - piano-bahut."

"comme si l'on n'avait jamais pu aligner trois notes.

Comme si l'on était toujours resté dilettante."

                                                                                 

6

"Pour moi en tout cas, il n'existe pas de critères de goût en ce domaine" (Brahms, à Clara).

"comme les enfants sont bien en retard" (Clara, à Brahms), "Matin de cœur. A présent quelques heures encore me séparent de vous."

"Par moments il me vient d'obsédants reproches. Mais votre force d'attraction me précipite vers vous sans que je m'en puisse défendre."

"l'espace inondé de soleil. Nous ne devrions pas non plus confondre les mensonges et la vérité" (Brahms, à Clara). "

ah c'est bien toi qui laisses tout arriver !" (Clara, à Brahms).

                                                                                       

 

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Lundi 5 février 2007


(c) Vladimir Gil


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Vendredi 2 février 2007

Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que puis-je espérer ? La lumière revient déjà et le film est terminé. Je prenais dans un disque une parcelle, une poussière, un éclat infime pour en faire une cellule inédite, une structure nouvelle, dégagée du contexte original. Un nouveau son impossible à obtenir autrement. De ces microarrachements on obtenait des sons de caractère dynamique, des pédales, des continuums très marqués par leur répétition cyclique. C'est comme si nous étions un immense texte : il y a à lire pour chacun partout. Nous produisons des signes, du texte, et notre tâche c'est d'interpréter. D'autres fonds à explorer, t'avoir c'était une chance, mais c'est notre dernière séance, on garde ton humour ta simplicité. Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien.

 

 

Puisqu’il s’agit là de l’addition de l’homme. Dans le discontinu, tu trembles et marques en blanc sur la page ce qu’il t’arrive de perforer. Tu traces dans les interlignes le temps inédit. Toi qui est vu, celui-là. Il s’arrête car l’être ne croit plus être lui-même. Un instant, il semble s’être évaporé, comme à contretemps. Un croche pied, une contradiction organisée par un soi qui s’en veut. Dans l’interdit, dans la faille du dire, tu déposes un dysfonctionnement qui fera de toi, à l’intérieur de cet animal blessé, le fanal de l’anxiété : une angoisse à anoblir, une question à redéployer. Dans la phrase du monde, tu es entre les mots. A contretemps.

 

 

 

Je parle de nous.

Je suis tiraillé par le sentiment d'être fait pour quelque chose que je ne fais pas. Les événements on s'en fout, ce qui compte, c'est le regard qu'on porte sur ces événements. Quelque chose dans cet assemblage reste volontairement mal recousu, dépareillé. Ce caractère épars colle évidemment à la représentation du monde. Des flashs, des bouts dispersés, qui se confondent avec de subites attaques de souvenirs ou d'images mentales. Riche en harmonies et interactions délicates, ouvrant un univers apaisé mais toujours fluctuant, imprévisible. Protection contre l'étrangeté. L'éclat de ce regard constitue le fondement premier de ce que l'on pourrait nommer. Si c'est tout ce qui lui reste... Un sourire sceptique flotte sur les lèvres. L'ironie, c'est ne jamais adhérer complètement, être dans l'écart, là où il y a du jeu.

 

J’ai le sentiment de faire malgré tout. C’est le cas de le dire, puisque tout me fait. Et puis de toute façon, je n’échappe pas au jeu. Il m’est donné comme il m’est donné de vivre. Il m’a fait et le rapport que j’entretiens avec lui fabrique mon esprit dual. Il est cet hypnotisme contemporain, celui qui m’est absolument immédiat et qui me regarde, là, en plein dans les yeux. Si je le double, il me reconstruit car je suis lui. Mais parfois dans l’écart, dans une distance qui me rend monde, j’ai retraduit quelques passages des antiques paroles. J’ai vu, comme avant, ce qui se trouve dans l’interdit, dans ce qui se dit entre les centres. Ces nœuds qui ne cessent de faire de la gravité une valeur crédible.

 


Nous savons donner notre vie toute entière tous les jours. L'imparfait est le temps nécessaire pour expliquer, qui permet la nuance. Une pièce uniquement éclairée d'une lumière noire, qui rend fluoes lignes et formes, comme en boîte de nuit. Dans lequel il y a plein de moments d'arrêts différents. Il y a de l'air. Et ça tombe bien puisque c'est bien de nuit qu'il s'agit ici, celle du rêve, ou de la mort. Promenade en famille. On s'énerve un peu. On se cherche un peu perdu. Dans un sac l'appareil photo oublié, tracas trop fort mieux vaut se réveiller, remonter à la surface. Un cadre, la tête et le pied, pour éviter tout bavardage. Réduits à leur minimum, tous les objets présents prennent l'allure de silhouettes et créent ainsi un effet fantomatique très efficace. L'enfance, le rêve, les situations instables, la disparition, la fiction... Il n'y a plus d'abonnés absents dans les histoires d'aujourd'hui, mais des répondeurs, laissez des messages, on ne vous rappellera pas. A moins que. C'est une levée du doute. Tout le projet du jour est de mettre au livre, à force d'écouter, ce qu'il en est.

 

 

 

Je ferme le diaphragme. Il fait nuit dans mon soleil. En moi, j’avais fait la fiction de tout autre, j’avais rédigé par la langue ce qui me sera. Dans mon ventre et par mille morceaux, j’avais reformulé ce que l’on n'atteint pas. Au fond du noir, j’ai trouvé ce qui nous séparait.

 

Alors, du dire au traduire, du présent à l’imparfait, tout le projet du jour est bien dans ce que l’on n'attendait pas.


Pierre Ménard &
Mathieu Brosseau


par maya publié dans : textes
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plexus,

emprunté au latin de basse époque plexus «entrelacement», dérivé de plectere «tresser»

ET

s, la dix-neuvième lettre de l'alphabet et la quinzième des consonnes.


 

 

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