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Ainsi soit-il

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Vendredi 26 janvier 2007


S'il faut tristesse il y aura colère 

et s'il le faut il nous faudra pleurer notre corps il nous faudra 

nous mourir pour nous redevenir il nous faudra 

aller en sens inverse 

 

 

s'il faut tristesse il y aura ce cheval fou 

cette ancre du devenir en désespoir

et s'il faut tristesse les larmes seront derrière tes yeux 

et s'il le faut tes yeux auront la couleur du ciel 

et s'il le faut ta tristesse aura la couleur du feu

 

 

ta colère ressemblera à mes larmes 

et s'il le faut le tamis épuisera ce qui nous sépare 

au final nous pleurerons ce rien qui nous anime 

ce tout qui nous divise 

 

 

et s'il faut tristesse c'est avec la peur au ventre que 

nous croiserons les palais merveilleux et le rêve du commun accord 

et s'il le faut nous irons recueillir le mot dans la langue 

et l'esprit du temps viendra se loger à l'intérieur de la langue  

 

 

et s'il faut tristesse le tout s'enveloppera d'un soi bien étoilé par mes soins

car il m'est encore possible de parer d'or les allures de chien 

il m'est encore possible de voir du tourment dans un calme froid 

il m'est encore possible de voir du poétique dans du retour anxieux

 

 

et s'il faut tristesse pour réparer une nuit

au dessus d'une tête nous irons jusqu'au bout 

nous nous rendrons jusqu'à la mer qui est habillée d'un voile noir, 

concave habillée d'hommes en étoile

 


pour cette mer il m'est encore possible de mentir car 

l'angoisse fabrique la question

dont la réponse est hors de toute probabilité 

dont la réponse est fabriquée là dans un élan d'oubli 

dans une enfance à recouvrer car 

il est encore temps de repartir 

il est encore temps de se retrouver 

dans un bout d'enfance sacrifié aux nervures d'un soi éclaté

dans le réseau des astres 

 

 

mais s'il faut tristesse j'ai toujours le pouvoir de donner figure car

il faut tristesse pour se redresser


Mathieu Brosseau

 

par maya publié dans : textes
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Vendredi 19 janvier 2007

Vers 14 heures, alors qu’il arpentait à grands pas des rues moites et défoncées, il a soudain cru voir un homme s’écrouler de l’autre côté du bitume. Cela a eu lieu à une dizaine de mètres, sans qu’aucune déflagration ne vienne troubler le silence alentour.

Est simplement tombé comme une feuille.

Sa tête a heurté le trottoir.

- N’ai hélas rien pu faire, à part sonner pour vous avertir, dit-il en sanglotant.

L’infirmière remercie. Elle se force à sourire. Essaie d’abord de le calmer. Lui injecte du liquide dans les veines. Un truc froid pour couper la fièvre, chiffonner les images vives et jeter ces foutues peurs au creux des flaques… Elle lui caresse le bras et lui parle, à lui dont l’esprit s’échappe – la brume déjà y ondule  – jusqu’à se laisser bercer par un flot de paroles inaudibles…

Il  devine encore, mais de moins en moins, des morceaux de Palestine sous la pluie. Une à une, les villes s’éteignent. A la fin Jénine même s’efface. Ne reste, debout près du lit, que la frêle silhouette de celui qui, tout à l’heure, est revenu mourir dans ses rêves. Il l’a reconnu au premier coup d’œil. Grâce, surtout, à sa démarche légèrement hésitante. Cet homme, inconnu de tous ou presque et désormais enfoui sous la terre – s’inclinant tout de même pour poser deux doigts humides sur les paupières sèches d’un malade – s’appelait Abdelhamid Khorti. Artiste (palestinien), mort, assassiné,  le 8 janvier 2001 au soir, sur la petite route qui le menait de Mograba à Netzarim.


Jacques Josse

par maya publié dans : textes
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Vendredi 12 janvier 2007

à Françoise Duffau

 

31

 

L’aubépine en fleurs a du coton à ses branches ;

Au printemps l’hiver est encore là mais déjà

Plus qu’un souvenir adouci de ses rigueurs,

Accroché aux épines, visuel, sonnant

 

Son rappel sous la forme de flocons de neige

Qui ravivent, s’effacent, trompettent, s’éteignent

Et qui viennent se contrebalancer dans l’air,

L’adoucissant et l’aiguisant tels des silex

 

D’eau, des cymbales minuscules, des dragées

De piqûres, tout un hôpital en miettes !

Nous tenons dans l’œil une pelote d’aiguilles,

 

Nous avons dans la jambe une botte d’épingles.

L’aubépine, et quel buisson n’est ardent, terrible

Dans sa candeur brûle ses cartouches de blanc.

 


Laurent Albarracin

 

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Vendredi 5 janvier 2007

 

Tais-toi –

Ne dis rien du sang pourpre, ne dis rien de ce fleuve qui court et

te soulève, ne dis rien s’il te plaît, tais-toi.

Protège-toi –

Entendre, ils ne savent pas, ils ont construit des murs de pierres,

ils ont hissé des palissades…

Tais-toi –

Ne leur parle pas des pépites que les fleuves pourpres charrient,

ne leur parle jamais de sang, ils le saccageraient encore :

Tu ne peux rien contre leur fièvre –

Ne va pas les voir, non –

Ne va pas là-bas –

Parler, parler, il ne faut pas –

Ils ne t’écouteront jamais, ils continueront leur massacre.

Ils ne savent rien du sang pourpre, ne savent rien du sang sacré-

Si tu parles, ils te feront taire :

Une plaque de fer dans ton cerveau, fixée. Fixée jusque dans les

mâchoires pour que tes dents, tes dents jamais ne desserrent,

pour que ta parole s’étouffe –

Ils te feront taire crois-moi –

 

Tais-toi –

S’il te plaît, protège-toi –


Edith Azam


 

 

par maya publié dans : textes
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Vendredi 29 décembre 2006
 
Le sujet tâte le sujet puis serpente sur le dos et sur ses entrailles, arborant ainsi la danse de fertilité qui attise les sujets, autres et pareils, hermaphrodites et monotermes dans leur élongations, leurs finitudes et basses terminaisons. Le sujet respire alors et reproduit pleine intelligence en un rapide éclair dissoute les réflexes gravés de sa grammaire ancienne pour anticiper un futur allonger les copies. Le sujet agit ainsi sans a priori mais tout à la houle de son histoire de la voix du passé capillaire. Ses cheveux, sa peau, son poil, ses yeux sont tout autant de mains noires dans les azalées. Et nous savons par la science que ceci est excitant. Le sujet a degrés de liberté, libres à lui, libres du ciel, libres des injections, libres des épices qui marronnent sa peau, tout autant d'écorces meubles dont se sépare une saison. Son temps lui est réduit, comme ses temps de tâte, les mouvements de son derme, le jeu de ses ecchymoses, la géométrie de ses dons. Le sujet croit penser, pense croire, croît dans la pente et s'ouvre les genoux dans les dévalés. Son crâne repaît dans les sujets et les noms, dans les airs d'action qui ponctuent les instants, dans l'économie particulière des discours et des amitiés. Puis le sujet tâte à nouveau.

Philippe Cou
 
par maya publié dans : textes
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plexus,

emprunté au latin de basse époque plexus «entrelacement», dérivé de plectere «tresser»

ET

s, la dix-neuvième lettre de l'alphabet et la quinzième des consonnes.


 

 

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