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Ainsi soit-il

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Vendredi 25 janvier 2008

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1.

Col usé  – décousu, retourné, recousu –  usé. Dessus, ma tête ouvre un ciel bleu vite gris. Horizontale, la pluie rase dehors docile. Je pense à travers. Vilaine pièce de puzzle, ma tête de peu ne s’imbrique. Ce peu suffit pour ne pas. Le manque de ciel annule toute perspective. Tours, platanes, enfants, s’agglomèrent sur un même plan lisse. Les cris collent aux bouches. On joue comme on peut dans cette glue. Au loin, ma tête, bien loin déjà, s’éloigne. L’œil plombe le silence. Que faire de ma tête ? Seule vraie question ce soir, chaque soir.



 





2.

Soir à son tour, brève catastrophe d’images et de poussière. Laborieusement, même phrasé chuintant, balisé, qu’il faut fléchir pour derrière, qui sait derrière, peser fort sur un bout tapi de mémoire. Ainsi je revois, tige au bec, de loin mon père, sa tête pas tranquille répète des arcs de cercle, d’un côté puis de l’autre. Entre deux lancers, calle sa cane, tire une bonne latte et pince à nouveau ses lèvres. Comme ça jusqu’à la fin. C’est l’été, vacances au bord de l’Isle. Petite crue charrie sa boue, bâtons, remous.









3.

La tête passe les jours. Passe comme j’enfile chemises et chemises pas déboutonnées le matin. Chemises pas nombreuses sèchent et restent sur le fil dans la chambre. Roulement court la semaine, machine le week-end. Les jours fanent la tête, viennent, tournent, se répètent ou tranchent. On ne sait jamais quand ni comment. Taillent vif dans le précaire savoir de soi. Au cinquième, la tête pense lente, plus lente qu’en bas. Tout presse en bas de vivre. Pense au radar la langue. On ne peut se mettre à la fenêtre et se regarder passer dans la rue, pourtant…









4.

L’air bouge, attise les verts. Sur la terrasse, du sang pisse. Tête au carré, nez cassé. Nez pas le mien. Mon père, pas le temps de voir venir, que déjà sa figure encastrée dans la votre et jamais de son côté que ça fend.  L’air bouge la mémoire. Le prunus fait rouge autour, rouge encore qui m’accompagne. Pourquoi sa tête pas les poings ? Je dilapide la mienne comme je peux. Peut-être que du sang pisse encore au fond.









5.

Deux têtes chiquent la nuit. Nuits petites dans plus grande éclairée. Salle de bain, néon, mon visage, je m’étonne. Plus et moins boule un peu cabossée, tête au miroir, pas pour voir ni vraiment savoir. Je regarde pour ajuster la touche, toucher, mais l’œil, ce goinfre d’œil, du moins ce qui tient sous la peau courte de ce nom, doit se rendre à l’évidence – dure dure évidence – qu’il est deux. Et je stagne là, entre des têtes identiques, la langue élaguée par le doute.









6.

Abribus, bus, tram, marche. L’heure disloquée du retour. J’avance vite, trop vite le livre. Fin de journée, début d’usure : tout glisse. Le feuillet mobile d’un bloc-notes, pas si magique, vraiment pas, blanchit, très blanc, refuse. Mais dans l’épaisseur de papier, un visage ami me précède, récite des pages entières entre mes dents. Autour, partout, on s’arrange avec deux ou trois franges molles, pas trop belliqueuses, dans la bouche. Et la ville, les fleurs – roses, oeillets, tulipes sur la devanture d’un fleuriste  – de plus en plus, s’égalisent, se ferment. L’exil dans les choses, trucs, machins, s’insinue.









7.

Des hirondelles, coups de cutter successifs, finissent le ciel. Le jour baisse. Effilés, leurs cris percent, recourbés, percent, cherchent les murs. J’attends là sans vraie matière à penser. Il faut tenir tête. Quand même tête. Tête à quoi ? Les hirondelles coupent. Je rogne des bouts de phrases, je coupe. La pluie voudrait, mais ça tient. Une femme traîne au jardin. Douche en passant les iris, longe le mur, s’en va. Je cherche les mots courts. C’est pas que les mots courts savent, mais quand même. C’est là le maigre.









8.

Lumière basse, fraîche. Brin de muguet  jaunit l’eau. L’œil ceinture un pan de ville. Un bon pan pas grand sur le plan. Rien ne trahit ni ne passe. Dehors, bruits de couverts, télé, radio qu’on écoute et les mots qu’on répète, pas si repu,  du bout des lèvres. La grue, le chantier, sa gueule vide. Un cri d’air roule froid, se fracasse au pied. Mais quoi tremble la main sur le bord ? Aux fenêtres adjacentes un frisson de moustiquaire prend l’œil. Me tient là plus que pas. Là plus que comment. Bien là quand même.









9.

La tête dévale. Comme si la nuque lavée coulait du cyprès. Comme si bien collant, roucoulant. Adhésif as if. Comme si je n’avais pas de dos mais une fenêtre. Petit mensonge perceptif, l’œil pèse. Ça dure. Journée dehors à tyranniser le moindre signe, à ratisser double sens la rue, les trottoirs, ma tête, alors que tout, toujours, tout est là. Et cinglante leçon : je me balade peut-être.









10.

Ça clignote les paupières. L’orage pilonne, devant craque la nuit. Dans le souffle asthmatique du tram, on dirait tassés des corps d’insectes. Mon père, encore, charabia d’étincelles, tête rapide en mémoire, finit son jeu de massacre. Cogne en série, moins vite, moins fort peut-être. Au fond, comme si parler c’était sa faute, ma chance. Ne sont pas loin midi d’été, ce coup raté, ma bouche sanglante. Je donne la part. Chacun sa tête. On ouvre avec ce qu’on peut.



Armand Dupuy
(Lyon, 14 – 25 juin 2007)

 
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Vendredi 18 janvier 2008

– nonmerci

– tu n’en veux pas
– nonmerci tu sais bien que je n’aime pas la viande
Comme à chaque fois au début elles se prennent à distance cherchent une prise et puis c’est la même parole de trop qui. Elle n’argumente pas ma mère debout. Grande. Elle ne mangera pas de viande. Rouge. Steakàtoutrepas n’en peut plus. La vieille s’offusque raisonne se justifie. Le réel la nécessité tu t’emportes. Oui. Moi je ne veux pas savoir qui restera au sol compté immobilisé une minute de silence le nœud se serre les morts sortiraient bien du frigo pour m’aider.

– De toute façon je m’en vais
D’un coup la tonnante assène ça : je pars !  Théâtrale.

– C’est finitumentends !
Ses clés de R6 sur le petit buffet raclent le bois — finitumentends ! La vieille clouée. Je m’élance pour la retenir, ma mère. Quoi dire. Il y a trop de fantômes dont je ne sais rien. Je crie fort. Elle se penche vers la vieille tu sais où ça se terminera à la cale de Pors-Meillou, à la cale. Je ne crie pas non je revendique j’exige avec l’assurance du jeune garçon qui parle avec un verre de vin chaud en équilibre sur la tête. Je cherche après celui qui rame sans savoir qu’il repousse ses propres mots — et me noie.

Elle se dégage prend brusque son sac la porte claque je la rouvre dans l’escalier son pas précipité lourd mon cœur gongue les jambes raidies. Le moteur. Les volets de la voisine cognent contre la barre de fenêtre.

La vieille débarrasse les assiettes s’entrechoquent.

La viande froide dans son assiette.


*

Longtemps après. J’ai écarté le rideau sombre prune sale. Son revers lourd par derrière tombant contre mon épaule. Rêche quand il glisse jusqu’à ma joue. Furtif mais son impression ensuite sur ma nuque reste. Dedans rock dur pure Berlin. Cliché. Facing glacé l’excitation ricochet des chairs nombreuses l’odeur de javel. Langues pendues qui pompent aspirent. Les mots dévergondés détroussent les corps. La belle là la trop blonde aux tétons forts Komm. Oui elle. Sur le cuir bleu nuit jambes écartées grandes petites grandes lèvres avec la pulpe des doigts. Point fixe — soufflet qui se met en branle étire longuement la respiration c’est plus grinçant et plus silencieux tout à coup. Difficultés du torse les épaules se haussent retombent avec trop d’évidence. Se rehaussent. L’amplitude nue d’un asthme lent s’insinue par la fente.

Poussée du cœur trop gros pour son désir frotté du plus loin. Reprise du geste les seins en saccade. Le rythme. Court. Sec. Expiration soudaine qui emporte et donne au corps sa masse. C’est. L’extrême onction de soi-même. Quoi s’évide. C’est. Elle ma mère. Dans la maison jaune en repli. A l’écart. Tous ils veulent la voir derrière les murs écoutent les hommes. Les femmes de la famille lui couperaient les mains. Tous la marient demain. Elle pense à lui. Toujours. Personne d’autre. Pas eux. Pas celui qu’ils ont dit. La cuisse droite sur l’accoudoir. Grandes petites grandes lèvres glissent. La pulpe de ses doigts à lui. Sa peau.

Seule. Aspirée par la chambre sans tain. Epaules soulevées le torse entier expiré seins tombant sur son ventre à la fin. Seule. Tatouée de l’intérieur. Sans cesse luttant pour préserver ça. Pas leurs mots leurs repères.

Au bout du souffle, exténuée, sur son dernier lit, elle me parle — je n’entends que ce qui l’encombre et la tue à respirer hors d’elle-même sans cesse luttant. C’est. Elle hors d’haleine livrée enfin au jardin des délices.
Elle a caché ses mains sous les draps.


François Rannou

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Lundi 14 janvier 2008
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Vendredi 11 janvier 2008

elles sont partout nettoyer ça il pense ouais désinfecter les trottoirs Robert renifle son entre jambe nous sommes des chiens tu sais il dit tous des chiens et des chiennes Robert commence à se sentir un peu chez lui tu m’aimes dis tu m’aimes il demande encore Béatrice Chatel ne gueule plus un filet pour les capturer tous ces singes de sang dégouline aller fouiller un peu dans les culottes de la gamine peut être de sa bouche à bouche avec le diable entre ouverte les Walkyries la lumière rouge et Robert qui sifflote Douce Nuit Robert va donner la fessée si tu ne dis pas quelques mots d’amour tu étais une bonne élève hein toi toujours devant à l’école ta maman t’aidait certainement à faire tes devoir une bonne fille et Clémence hein est-ce qu’elle a des bonnes notes dis moi ma Béa chérie Robert continue à se tirer un peu sur le petit général en louchant sur le cul voluptueux ô ma proie ma proie d’amour oh taureau taureau il gueule en tournant autour la bête à quatre pattes Robert retire son jean il manque de tomber il rie encore maintenant je suis ton papa ton petit papa poule ton professeur ton toréador Béatrice Chatel la bourgeoise arrogante devient ce paquet de rats à empoisonner qui pullulent partout ici très bas de chair molle à malaxer Robert sautille autour de sa chose blessée béante elle renifle mais la morve coule et le sang la pisse les larmes tu es mon petit oiseau hein ma petite biche hi hi hi connasse Robert connaît la chanson la touffe fournie et humide palpite et se contracte Béatrice Chatel et sa maîtrise de droit pénal chiale comme un veau dis t’as pas un martinet hein dis et des petites menottes de Clémence autour de sa queue planquées quelque part vous jouez pas à des jeux coquins méchants il demande avec la tarlouze maintenant Robert est un peau rouge hi hi hi il rie il rie encore tu ne trouves pas ça rigolo toi il demande Robert rapproche la photo de Serge et ben t’en voilà du coquin méchant ma salope reste comme ça ouais une partie à trois à quatre pattes je veux tout voir maintenant tu es mon épouse brisée Robert glisse un doigt dans la fournaise brune Béatrice Chatel demeure muette elle se demande quand il va la tuer elle pense à Clémence et au petit Jean Robert allume une autre gauloise allez dis moi un truc connasse ouais dis moi des mots doux pour l’encourager Robert enfonce sa clope dans l’une de ses fesses massives enfin Béatrice Chatel reprend de la voix ouais c’est ça ma salope soprane ouais chante moi une berceuse maman pousse un cri désespéré oh c’est mignon montre moi donc la chambre de la gamine la chambre de notre petite Clémence mais la bête ne bouge pas d’un pouce allez remue toi un peu tas de merde mon amour Robert lui colle un petit coup de pied dans les côtes ouais montre moi la chambre Béatrice Chatel n’avait qu’à pas porter ces bas de salope un point c’est tout de notre enfant hi hi hi elle a déjà du poil au con dis maman allez lève toi connasse Robert la tire Béatrice Chatel aime le shopping l’équitation et ses enfants par les cheveux

 
Jérôme Bertin

 
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Dimanche 6 janvier 2008

La revue Action restreinte


a fait paraître

son numéro 9, (entre parenthèses)


avec :

Pascale Petit, Mathieu Brosseau, Mathias Enard, Hervé Baudat, Philippe Boisnard, Isabelle Zribi,
Fernand Cambon, Jérôme gontier, Nicolas Tardy, Dominique Quélen, Maciej Niemiec, Rémi Marie,
Pierre Cendors, Mathias Lavin, Fernand Combet, Aurélie Soulatges, David Christoffel



Ce numéro est en vente par correspondance* ou en librairies au prix de 12,50 euros
Pour consulter le sommaire, cliquez ici


*chèque à l'ordre d'Action restreinte, 25 rue de la demi-lune 93100 Montreuil

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plexus,

emprunté au latin de basse époque plexus «entrelacement», dérivé de plectere «tresser»

ET

s, la dix-neuvième lettre de l'alphabet et la quinzième des consonnes.


 

 

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