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Lundi 19 février 2007


Plexus-S s’absente douze jours, s’envole vers d’autres terres et vous laisse à ce qui est déjà, à l’établi sans demeure, à l’existant. Au centre des battements et dans le nœud de la tresse, Plexus-S vous confie, avant de partir, ces quelques mots d’Imre Kertész. Comme lui, Plexus-S croit en la toile du monde, cette fiction partagée qui nous lie et nous divise. Cette fiction que nous défaisons inlassablement, en la refaisant.

« … je crois en l'écriture. En rien d'autre, seulement en l'écriture. L'homme vit comme un vers mais écrit comme un dieu. Autrefois, on connaissait ce mystère oublié de nos jours : le monde se compose de tessons qui s'éparpillent, c'est un obscur chaos incohérent que seule l'écriture peut maintenir. Si tu as une idée du monde, si tu n'as pas oublié tout ce qui s'est passé, alors sache que c'est l'écriture qui a créé pour toi le simple fait que tu as un monde et qu'elle continue à le faire, elle est la toile d'araignée invisible qui relie nos vies, le logos.
»   (Liquidation)

Et puis, pour X, le temps en blanc, pour que le silence donne naissance, pour que l'absence donne contenance : « Tais ce que sçais »

 

Retour prévu de Plexus-S : cinq mars


par maya publié dans : dans le flux
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Lundi 19 février 2007

Os



(c) Matthieu Séry, 2003
Huile, acrylique, papier de soie. 230x120cm
 
par maya publié dans : images
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Vendredi 16 février 2007


Par mon souffle, par le battement de mon cœur, ma voix, par chaque pointe de mes poils, par tous les trous de mon corps, par les fusils de mes yeux, par mes dents toutes grinçantes d’un cri de fauve, par ma peau de lapin, par les plis de mes sourcils en colère, par mes pores littéralement par tous mes pores, j’oppose un refus ferme et définitif à ce temps de cloportes, notre passé d’esclaves, tout cet essaim de petitesses et de lâchetés qui font de notre vie un tombeau, un tombeau, qui font de notre vie .

Désormais mon cerveau est parfaitement net, malangue nue, je parle simplement. Si je dis B, c’est une nouvelle bombe lancée à la gueule des . Chacun de mes mots est une dents que j’ai contre le Clan des Renoncipleutres et des Volimenteurs. Chacun de mes mots vise juste dans l’image et touche au but. Fier face au ciel et bien plus grand que lui je commande aux étoiles, j’enfonce des pieux dans l’esprit du monde, puis je me jette dans le soleil d’or, dans le soleil, le soleil je me jette d’or, considérant les mortificiers de mon œil de guerrier.

Toujours la montre des émeutes manquées toujours continue de tourner. Même les souvenirs qu’on croyait ineffaçables ont quitté leur place. Après des années de défaite et de grand malheur s’éveillent les images devant le monstrueux spectacle des échecs répétés et des espoirs brisés.

Je vois les morts ressortir des ombres de leurs ombres renaître de leur matière furieuse et noire avec des yeux repus dans les trous. Je les vois se lever ainsi des balanciers perpendiculaires, chercher l’air de leur poitrine ardente. Je vois les morts ressurgir de la terre sépulcrale, tituber dans le réveil et se rétablir pour accomplir ce qui doit être accompli. Innombrable population de tous les morts, de têtes recouvrées, de seins recomposés. Morts vrais, morts chargés de colères, surgis de la matrice de la terre. Sujets violents, brillants, gravitants et sans nombre qui cherchent du regard l’aube d’un jour nouveau où l’on ne craindra plus d’être récompensé. Il en sort encore et encore soulevant le sol comme des taupes rutilantes. Tous également nus, de chair armés et caparaçonnés d’os.

Maintenant il nous faut réapprendre les siècles à tâtons. Réapprendre les siècles il nous faut à tâtons. Lancer nos plus beaux assauts vers le ciel et poursuivre jusqu’au renversement des grammaires et au départ en exil des langages et des signes.

Nous qui sommes nés et pas encore morts. Nous les au-delards, les clandestins et dissidents des sous-continents de Jupiter, nous les contemplationistes de l’aveniverciel, les arithmétiseurs d’outre-tanières, les voyagitopistes des siècles, heureux et immortels, dissimulés dans l’instant, nous voleplanons à travers la transéternité pour d’épouvantastiques aventuriens. Nous observons le tempêtomètre du monde. Nous sommes les fossoyeurs des froussardises, les égorgistes du temps. Nous sommes résolus sans optimisme. Nous ne capitulerons pas.

Nous croissons et multiplions à l’ombre des arbres utopiques. Nous croissons et multiplions et devenus innombrables nous engageons la rixe contre les conardeurs les épouvantristes et autres peuristes de la lobotomisère du monde. Les dépassant toujours d’une montagne, nous les encercueillons. Certes ils ont pris certes le Nord et le Sud. Ils ont pris l’Est et l’Ouest. Ils ont pris les déserts et les océans, les villes et les forêts, la terre et le ciel. Ils ont pris l’espace et le temps, l’hier et l’aujourd’hui. Ils ont pris les alentours et les lointains. Ils ont pris les rires et les larmes, les flingues et les couteaux, mais tant qu’il nous reste des crachats dans la bouche nous sommes armés. Ils peuvent nous frapper ils n’atteindront pas l’idée parce que l’idée survit à toutes les persécutions.

Maintenant, un immense corps mutilé est en marche. Un immense corps mutilé explore les révoltes vaincues des siècles passés, réinvente le feu et va réanchanter le monde. Nous sommes tous, nous tous sommes les enfants de la concordance des temps et de l’accord des participes passés. Nous avons connu les caresses des lance-flammes et des bazookas. Nous sommes passés de l’autre côté du néant, du néant, nous sommes passés de l’autre côté  et nous rampons dans la boue cosmique au bord des trous noirs. Nous sommes les guetteurs infinis de la transformation. Nous préparons les luttes futures en orientant nos pensées vers de nouvelles victoires. A coups de pilon nous inventons de nouveaux alphabets et nous édifions à l’insoumission un royaume car nous ignorons la pesanteur et la logique des renoncements. Nous taillons à vif dans le nerf de la guerre. Nous chassons à travers les plaines à venir et nous entretenons la mémoire du sang versé dans les rigoles des siècles passés. Nous sommes maîtres de notre destin. Nous ne dépendons de rien ni de personne. Notre volonté suffit à nous guider.


(suite à venir)

Christophe Manon
 

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Lundi 12 février 2007

(c) Matthieu Séry, 2005
Gouache, acrylique, papier de soie - 220 x 150 cm
 
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Vendredi 9 février 2007

Mont Cassel, Mont des Cats, Mont Noir.

Autour des monts, à l'horizon, terre et ciel fusionnent.

La poésie, témoignant d'une enfance particulière, vit ici dans chaque brique.

Sur le bord de la fenêtre, trois pommes regardent Hadrien.

Dedans, bourdonnement de l'aérateur ; dehors, bavardage matinal des oiseaux.

Une simple tasse de café élimine l'objectivité du matin.

Le gris gras chat noir ronronne sur la carte de France.

Paradoxalement, Zénon

Hoche la tête et dit « Non, non, non. »

L'histoire a sa logique.

Septembre sous les pommiers, fruits tombés, différents stades de décomposition.

Alexis cueille des marguerites, ourse noire dans le ciel.

Le trio d'écriture triture le tas de mots triés.

C'est la foire aux livres. Ecrivains vivants. Entrée gratuite.

Tout autour de la table, les langues s'agitent, joyeusement différentes.

Parler de tout et de rien en français rend la vie facile et charmante.

« Encore une toile, cette araignée se paie notre tête. »

« C'est un chat, tout ce qu'il y a de plus bête. »

« Hier nuit, j'ai rêvé. La barbe ! J'étais russe ! »

« Le ciel est trop grand pour mes lunettes. »

« Comment s'aimer dans les buissons

Si les épines entravent la passion ! »

« Oui, madame, entre deux baisers, tout ce qui concerne la politique et les affaires. »

« Autre rose : c'est le féminisme qui nous a perdues. »

« Mon père est mort cet été ; je philosophe. »

« Il existe des endroits dans lesquels vous ne voudriez pas vivre une seule minute. »

« Un petit âne satisfait et une balle en mousse : nous sommes assis dans la machine à remonter le temps. »

« Comme elle est courte sur pattes, elle ferait mieux de sourire. »

« Ma plume sur la page,

A fait un beau voyage. »

« Après les Thermopyles, Léonidas voulait se rendre au Mont Noir. »

« Quand il parle tout seul, les murs, les tables et les chaises sont de fidèles auditeurs. »

« Laissez donc sortir le vampire ! »

« De la chétive brebis au puissant mustang, Madame Saxo, merci ! »


Alexandre Ikonnikov, Fabienne Kanor & Lucien Suel
Villa Yourcenar, 2006


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plexus,

emprunté au latin de basse époque plexus «entrelacement», dérivé de plectere «tresser»

ET

s, la dix-neuvième lettre de l'alphabet et la quinzième des consonnes.


 

 

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