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Vendredi 28 mars 2008
 
Je bois une bière. Je pourrais continuer à écouter la rumeur du monde. Les vagues. Je vois une vache qui vêle dans les embruns. Derrière la plage et les crabes il y a un gouffre. On peut y voir le centre de la terre.





Il y a de la musique, des chants. Belles voix d’enfants. Je vois des massacres, des prières à genoux, des nuits infinies, des corps sans tête qui courent, des naissances étranges. Je vois comme un désert de pierres ponctué de bâtiments abandonnés où les hommes se regroupaient pour regarder le ciel, les étoiles.





J’ouvre la bouche. Je meugle. Je me sens vieux, impotent, incontinent. Je me sens dégoulinant avec le verbe, avec quelque chose de blanc. Je veux voir quelque chose de blanc, une image blanche. Je veux, les yeux grands ouverts voir le soleil, l’arrondi du soleil blanc. Je veux voir des champs de tournesol s’étaler jusqu’à la mer. Je veux sentir mon cœur battre d’un autre rythme. Sentir l’ivresse du soleil.


Fabrice Caravaca

 
par maya publié dans : textes
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Mercredi 26 mars 2008

Nuit noire : je m’évacue par les tempes — vibrations, la vitesse caresse le visage creux — le corps laissé se contracte en un point mobile qui happe son extérieur pour le devenir — une méduse grossissant à chaque temps, à chaque filament, le corps épouse la nuit d’un seul – autant de liens que d’hommes, schéma du circuit imprimé, la lumière, un grain de lumière vive s’y déplace et fait dans la nuit le départ d’un seul

 

 



Dans les variations de l’absence, on se dit qu’il pourrait y avoir des failles, des filets d’encre noir : dans la nuit d’un seul : on repère son angle droit, parole de notre unité à l’intérieur d’un seul

 


 


Il s’harmonise tant bien que mal, se connecte ~~~~ vibration de l’incolore, les mains plongent dans cet univers – visible par tous, là === maintenant. On dit que la tisseuse passe ses nerfs autour de la bobine :– défile le corps de la muse au fil des voyages / pointe dans les traverses la forme et les chairs de la reine / pointe /






Suite de ce texte de Mathieu Brosseau sur le site Libr-critique


par maya publié dans : textes
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Lundi 24 mars 2008
 

Amor barricade amor, Édith Azam ; Atelier de l’Agneau ; www.at.agneau.fr

C’est un plan presque fixe : il y a une place, une barricade, une foule, des gens en uniforme, des pigeons. Mais surtout, il y a elle, d’un côté de la barricade, et lui, Julien, caporal aligné en rang d’oignons de l’autre côté de la barricade. La manif, on n’en connaît pas les causes ni où elle a lieu. D’ailleurs, ce n’est pas l’objet de ce livre entièrement centré sur ces deux personnages séparés par une barrière infranchissable, sauf à provoquer l’affrontement. La caméra s’attarde encore sur des pigeons juchés sur les balcons alentour et fomenteurs d’une contre-manif. Des feuilles de platane tourbillonnent dans l’air comme des tracts largués en vol. Le récit d’amor barricade amor tourne en boucle, entrecoupé d’innombrables « pauses » ne parvenant guère à le relancer. Mais Édith Azam ne propose pas une histoire romanesque dont on suivrait un quelconque fil. On retrouve plutôt cette écriture obsessionnelle qui a marqué son entrée en poésie et s’inscrit entièrement dans une dimension orale. Il faut avoir assisté à ses lectures publiques pour en mesurer l’étonnante « force de frappe », à l’égal par exemple de Charles Pennequin avec lequel elle se produit parfois sur scène . Il faut loopinguer n’oublie jamais, il faut que tout le temps tu loopingues. Comme ici le texte, de part et d’autre de la barricade. Amor barricade amor déguise une déclaration d’amour entre deux êtres esseulés au milieu d’un attroupement. Sortir du rang, tel Julien pris d’une envie de pisser, c’est marquer sa singularité face aux autres. Édith Azam crie, martèle et interpelle. Elle utilise encore le dessin sur écran et des formalismes typographiques pour un large enrichissement visuel du texte. Il y a certes une part de jeu, mais c’est, derrière, un « je » qui tente de franchir la barricade entre lui et l’autre, perdus ensemble dans un même labyrinthe.

Alain Helissen
 
par maya publié dans : Critiques
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Vendredi 21 mars 2008

 

Vous
me dites
la terre est bleue
comme une o
range sans a
venir il faut gar
der la ligne quoi
qu’il arrive jus
qu’à son point fi
nal sans compter
les pépins entre
les virgules les a
léas du pan
créas les fluctu
ations du coeur la
panne inattendue et
tous les poin
tillés des phrases du destin

vous
les com
plétez à votre aise vous
parlez du réel
comme d’un ami de lon
gue date vous a-t-on dit
qu’il a démé
nagé quelque part du
côté de la fiction
vous pouvez le ren
contrer - n’en faites pas une histoire –
peut-être vous pa
raîtra-t-il méconnaissable
allez-y il n’y a que
la première phrase qui coûte
les autres s’offriront à vous gra
cieusement certaines annoncia
trices d’embellies là où
le ciel assombri ne pro
mettait plus rien
vous recréez les conditions d’un nouvel art de vivre




- J’ai donné mes derniers pop-corn aux pigeons. Je suis libre comme l’air.
- Partons d’ici avant la prochaine averse.
- J’ai lavé mes dernières blessures. La terre est au plus bas.
- Laissons là ses fantômes. Inventons l’horizon.
- J’ai vomi deux poèmes sans même les avoir digérés.
- D’un pied léger sautons toutes les distances.
- Oeuvre avortée jamais n’a profité.
- Fini d’écrire. Rêvons le temps qui reste.
- Quelqu’un je crois a prononcé mon nom. Comme dans une salle de réveil.
- Ne pas répondre. Flotter.





 

 

 

 





Vous
me dites de
main sera un autre jour
c'est aussi vrai que tout
est dans tout
ce que vous affirmez
avec autant de véhémence
vous brûle l'in
térieur du crâne lorsque
vernis fondu
vous attisez encore
quelque foyer sur
vivant de veillées trop
vite abrégées parties
comme en fumée
sans avoir pu lire
le moindre signal ni dé
crypté la stratégie d'attaque

Vous
y allez fagoté de tous
ces états d'âme zappés
d'une chaîne à l'autre
oublieux de leurs origines
répétiteur no
made sans pensée fixe

vous resti
tuez des images son-sorisées

vous y mettez autant
de foi que si vous les aviez
tournées vous-même

vous é
mettez vos jugements
vos sentiments vous
honorent ja
mais ne me croirez si je
vous dis que vous
venez de jouer dans
un film écrit pour vous
le rôle principal
version originale




- J’ai renvoyé toutes mes idées reçues à leurs expéditeurs. Je suis furtif comme un courant d’air.
- Rejoignons d’autres terres. Ici les vents nous sont contraires.
- Je ne veux rien peupler qui ne le soit déjà.
- Posons nos pieds sur un sol indemne de toute trace humaine.
- J’ai composé une musique lancinante. J’ai rêvé que les loups quittaient les bois pour l’écouter.
- Habitons loin de tout.
- Le chef de meute m’a fixé longuement. A la fin toute la meute a dansé. Et j’en faisais partie.

 


Alain Helissen

 Editions Les Deux-Siciles
Collection »le décret acoustique »

 

par maya publié dans : textes
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Vendredi 14 mars 2008

                à François de Cornière


Avec nos souvenirs de bruine en talonnades
Nos crampons fidèles rivés serrés à l’enfance
C’est la permanente chanson des saisons
Que la foule entonne autour du gazon céladon.
L’oreille déjà plaquée au transistor grésillant
Sous la pâle porcelaine de la mémoire collective
Se dessine le match joué et rejoué au Penalty Bar.
Le cœur palpitant égrène les secondes fatales
L’ultime tir au but. La balle sur la transversale.
La sèche réalité des résultats défie les arabesques
Délicates des fourmis rouges des fourmis blanches livrées à la géométrie et aux savantes tactiques.
Diables Rouges. Craie blanche. Homme en noir.
Les enfants majeurs préservent leurs chimères.
Les trophées de Morphée. Les échecs amers.
Les fanions ternis aux couleurs du club déchu.
Le stade n’est plus alors qu’un vaisseau perdu
Et qui tangue sous les néons des incertitudes.
Là où l’air léger de la sphère sublime les clameurs.


Jean-Yves Reuzeau
 
par maya publié dans : textes
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plexus,

emprunté au latin de basse époque plexus «entrelacement», dérivé de plectere «tresser»

ET

s, la dix-neuvième lettre de l'alphabet et la quinzième des consonnes.


 

 

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