Je bois une bière. Je pourrais continuer à écouter la rumeur du monde. Les vagues. Je vois une vache qui vêle dans les embruns.
Derrière la plage et les crabes il y a un gouffre. On peut y voir le centre de la terre.
Il y a de la musique, des chants. Belles voix d’enfants. Je vois des massacres, des prières à genoux, des nuits infinies, des corps
sans tête qui courent, des naissances étranges. Je vois comme un désert de pierres ponctué de bâtiments abandonnés où les hommes se regroupaient pour regarder le ciel, les étoiles.
J’ouvre la bouche. Je meugle. Je me sens vieux, impotent, incontinent. Je me sens dégoulinant avec le verbe, avec quelque chose de
blanc. Je veux voir quelque chose de blanc, une image blanche. Je veux, les yeux grands ouverts voir le soleil, l’arrondi du soleil blanc. Je veux voir des champs de tournesol s’étaler jusqu’à la
mer. Je veux sentir mon cœur battre d’un autre rythme. Sentir l’ivresse du soleil.
Fabrice Caravaca
par maya
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Nuit noire : je m’évacue par les tempes — vibrations, la vitesse caresse le visage creux — le corps laissé se contracte en un point
mobile qui happe son extérieur pour le devenir — une méduse grossissant à chaque temps, à chaque filament, le corps épouse la nuit d’un seul – autant de liens que d’hommes, schéma du circuit
imprimé, la lumière, un grain de lumière vive s’y déplace et fait dans la nuit le départ d’un seul
Dans les variations de l’absence, on se dit qu’il pourrait y avoir des failles, des filets d’encre noir : dans la nuit d’un seul : on
repère son angle droit, parole de notre unité à l’intérieur d’un seul
Il s’harmonise tant bien que mal, se connecte ~~~~ vibration de l’incolore, les mains plongent dans cet univers – visible par tous, là
=== maintenant. On dit que la tisseuse passe ses nerfs autour de la bobine :– défile le corps de la muse au fil des voyages / pointe dans les traverses la forme et les chairs de la reine / pointe
/
par maya
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Vous
me dites
la terre est bleue
comme une o
range sans a
venir il faut gar
der la ligne quoi
qu’il arrive jus
qu’à son point fi
nal sans compter
les pépins entre
les virgules les a
léas du pan
créas les fluctu
ations du coeur la
panne inattendue et
tous les poin
tillés des phrases du destin
vous
les com
plétez à votre aise vous
parlez du réel
comme d’un ami de lon
gue date vous a-t-on dit
qu’il a démé
nagé quelque part du
côté de la fiction
vous pouvez le ren
contrer - n’en faites pas une histoire –
peut-être vous pa
raîtra-t-il méconnaissable
allez-y il n’y a que
la première phrase qui coûte
les autres s’offriront à vous gra
cieusement certaines annoncia
trices d’embellies là où
le ciel assombri ne pro
mettait plus rien
vous recréez les conditions d’un nouvel art de vivre
- J’ai donné mes derniers pop-corn aux pigeons. Je suis libre comme l’air.
- Partons d’ici avant la prochaine averse.
- J’ai lavé mes dernières blessures. La terre est au plus bas.
- Laissons là ses fantômes. Inventons l’horizon.
- J’ai vomi deux poèmes sans même les avoir digérés.
- D’un pied léger sautons toutes les distances.
- Oeuvre avortée jamais n’a profité.
- Fini d’écrire. Rêvons le temps qui reste.
- Quelqu’un je crois a prononcé mon nom. Comme dans une salle de réveil.
- Ne pas répondre. Flotter.
Vous
me dites de
main sera un autre jour
c'est aussi vrai que tout
est dans tout
ce que vous affirmez
avec autant de véhémence
vous brûle l'in
térieur du crâne lorsque
vernis fondu
vous attisez encore
quelque foyer sur
vivant de veillées trop
vite abrégées parties
comme en fumée
sans avoir pu lire
le moindre signal ni dé
crypté la stratégie d'attaque
Vous
y allez fagoté de tous
ces états d'âme zappés
d'une chaîne à l'autre
oublieux de leurs origines
répétiteur no
made sans pensée fixe
vous resti
tuez des images son-sorisées
vous y mettez autant
de foi que si vous les aviez
tournées vous-même
vous é
mettez vos jugements
vos sentiments vous
honorent ja
mais ne me croirez si je
vous dis que vous
venez de jouer dans
un film écrit pour vous
le rôle principal
version originale
- J’ai renvoyé toutes mes idées reçues à leurs expéditeurs. Je suis furtif comme un courant d’air.
- Rejoignons d’autres terres. Ici les vents nous sont contraires.
- Je ne veux rien peupler qui ne le soit déjà.
- Posons nos pieds sur un sol indemne de toute trace humaine.
- J’ai composé une musique lancinante. J’ai rêvé que les loups quittaient les bois pour l’écouter.
- Habitons loin de tout.
- Le chef de meute m’a fixé longuement. A la fin toute la meute a dansé. Et j’en faisais partie.
Alain Helissen
Editions Les Deux-Siciles
Collection »le décret acoustique »
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