Winfried Veit
1.
mains.
Lequel dessus, par dessus tous, plombe au-delà? Quel œil scrutateur refuse les mains, les mains tendues – le peu qu'on tient? Les doigts bien comptés décomptent le temps, mais grattent bas l'œil,
cette vieille peau reculée d'une ampoule puis chutent... Nous ne saurons plus dire main.
2. bras.
Fouillis fait sa route, l'épais buisson de bras qu'on mâche (nous mangeons nos bras / pour ne plus servir ) craque et se tord. Il faudrait je ne sais quoi, pas l'envol, mais la métaphore
d'autre chose, là, dans l'infâme, l'oiseau détaché de la branche, peut-être. Car une aile ne remplace rien mais bat la douleur, bat dans le tiède des chairs à l'envers sur le dos. Et comme cela, je
n'écris pas plus loin que mon bas, c'est peu.
3. jambes.
Jambes et jambes et cassantes à porter le fardeau – tel échassier lent va son corps d'insecte, sans queue ni tête, et lutte pour le peu d'appui. Lutte pour la terre ou l'eau, le frein de l'eau puis
le rêve où, parfois, les gens se figent sans temps dans la masse. Tout cela, bien sûr, en disant demain je m'enjambe, avec assez d'ombre ou de nuit dans l'envergure des ciseaux.
4. pieds.
On pense avec, sans tête. On pense avec les pieds comme on va, nos pieds sans terre, la fumée de nos pieds qui vont. On pense avec la spirale de nos pieds reposés, nos pieds qui n'ont pas besoin de
semelles. On pense le chemin, celui venu dans l'air à verser les repères. Et qui dessous, plus bas que tous, qui dans la terre à compter, la terre avalée sous nos pieds? Ce manque de terre ne
ment pas, ce manque où peser. Ainsi, pied ruminé va l'idée, le pied d'abord comme on dirait deux pieds valent deux têtes.
Armand Dupuy,
février 2009
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à Charles-Mézence Briseul
Le flou des nuages c’est de la myopie
Stagnante dans le monde, en bande naturelle,
Comme un banc de verres de lunettes brisés
Dispersés en un fin nuage, soufflés en l’air par le tuyau
Liquide d’une longue-vue, moussant au ciel
En bulles et lentilles au foyer desquelles
Ils se dispersent encore et se multiplient,
Devenant l’émulsion au sein de l’émulsion,
S’affinant toujours plus en la vision d’eux-mêmes,
Morcelés à l’extrême et n’ayant plus du verre
Que son reflet dans le brouillard de ses reflets.
Telles sont les choses qu’on les voit ; on les voit
Telles qu’elles sont et qu’on les voit et tellement
Qu’elles sont : elles et telles et qu’on les voit.
Laurent Albarracin
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