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Vendredi 9 mai 2008

Voilà le camarade assis,
trois jours d’attente pirate,
balançoire et le mur
n’attend plus ceux qui se faufilent,
vent, vengeance,
vous criez, pour ce que ça sert.
Voici le camarade assis,
ronde tristesse,
et le vent fait comme un coussin,
de ta tête tu roules des idées,
sur la colline à deux bosses,
chameau alors.
Voici le camarade assis,
celui qui se lève est déjà mort,
retour chariot,
je passais par là,
hasard sous le ciel gris
en déroute pour ailleurs.

Lorenzo Menoud
 

par maya publié dans : textes
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Vendredi 2 mai 2008

Cimes et massifs : ciels contre ciels. Les eaux propulsées dans les couloirs des bleus, des roses, des pourpres couchants. Les attractions d’étoiles et les lunes vertes – nuées, nudités de la terre, laines de la splendeur, vous vous levez en masses resplendissantes et affrontez la couture des terres. Arbitraire des pôles auquel vous êtes soumises, vos sanctuaires sont des gorges orageuses et des cheminées calcinées. Dans l’âpre du vrai, vous éclatez en pierres soudaines sur les pentes crayeuses – à mort. A toute humanité éveillée, vous éraillez l’insuffisance et proclamez fidèle la dalle des eaux, leur marbre scripturaire et l’aboiement fébrile des servilités muettes.
Tu t’abandonnes à tes chiens enragés et leur sers de proie. Le chien mord la poudre et lève le feu, rapide comme l’incendie, où brûle l’image de l’autre, la tienne, celle non pensée et celle à venir ; tu te réserves la chambre noire – focus, camera obscura – où s’écrivent les négatifs du monde incendié, runes.
Au large des plaines mortes, les Sables, en leur désert, les respirations millionnaires, où se réservent les significations : souffles pulsatiles et noirs, grésils, craies, tenus à distance par la distance.


Victor Martinez
 
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Lundi 28 avril 2008


 
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Vendredi 25 avril 2008

à Georges Picard

Les fruits adoucissent la morsure en leur chair.
Par leur suavité, ils détruisent l’attaque
Qu’on y porte, car leur chair est une parade
À des coups, une exquise esquive, un cercle

Où s’abolit la violence qu’on leur fait.
Les dents n’y font que des empreintes de morsure,
Des petits pas de dévoration dans leur neige,
Un doux crépitement de miel et de lames.

Et les dents ouvrent une autre robe dans leur robe,
Une robe intérieure à leur robe et qui est
La course rêvée de leur chair, la mort tombée.

Les épées sont comme le fourreau de l’aigu
Et l’aigu lui-même est le fourreau de l’aigu.
Et les épées sont de la fourrure d’épée.


Laurent Albarracin



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Lundi 21 avril 2008


à l’occasion de la parution de Fragments de carnage de Jérôme Bertin / collection Vents contraires de Voix éditions


Ce n’est donc pas vrai qu’il n’y a plus rien à faire. On peut même faire papys du grunge d’avant et ressortir sa collection de Boxon et causer sur l’évolution des écritures. Il faut dire qu’on avait nos petites habitudes. La discographie de Jérôme Bertin pour exemple : dans Boxon 17, le canal culturel bien assez bourré, les références égales sous bien des points de vue, surtout les plus importants, dès qu’elles commencent à bien vouloir s’exploser. Rappel du début :

« Est un punk Egon Schiele corps torturés corps-démence Est un punk Schonberg dissonances fractures Est un punk Vincent Van Gogh se tranchant une oreille Sont des punks David Cronenberg adaptant Crash de J.G. Ballard et David Lynch faisant tomber des embryons du plafond dans Eraserhead Est un punk Allen Ginsberg qui demande à Peter Orlovsky d’ausculter son anus attaqué par des vers Est un punk Erik Satie jouant convulsions Embryons desséchés Sont des punks les Sex Pistols et les enfants du prince Charles arborant la croix gammée pour faire chier leur petit grand monde de merde […] »

Le punk est donc tout sauf une réduction générique. Quant au texte trash qui remet les pendules à l’heure en commençant par casser les cadrans, s’il a bien sûr beaucoup de mérite, il a quand même des ressorts prosodiques remâchés, mais c’est aussi un type d’occasion dans lequel on a maintenant quelques habitudes. Parce que c’est vrai que le langage a bien cherché qu’on lui fasse cette violence là. Même les airs anthologiques qui jaunissent les fameux poèmes modernes : « il a deux trous rouges à la place du cul »1. Ce n’est pas parce que nos grand-mères commencent à se faire à l’idée que ce pourrait être moins vrai. Même si, à force, c’est facile à dire et même si, bien sûr, ça n’empêche que la décharge vengeresse et fera bien dire que l’auteur fait toujours bien de déconstruire à ce point-là.

Et même si la forme d’arrivée a ce quelque chose de chantage à bien attraper ringard qui se laisserait glacer par un décharné si poussé. Si la chronologie de son catalogue doit poser Fragments de carnage comme le retour de Jérôme Bertin au vers libre, c’est qu’il y a quelques détails de forme à redébattre. On comprendra donc que l’auteur a dû s’hypersensibiliser au carnage et pour cause : « le cauchemar est le seul mode de lucidité »2. Comme ce sont des fragments qui en ressortent, on pourra toujours craindre d’avoir une collection de joyaux, ce ne seront donc jamais que quelques vers un peu moins hétéroclites qu’espérables et notoirement pas soucieux à se peaufiner genre bien-sentis. D’ailleurs, la variété des niveaux énonciatifs est matérialisée presque redite par des codes typographiques très réglés : prélèvements heurtés et généraleries en gras, citations synthétiques en italique, phrases automatiques peut-être même le décrochage entre guillemets. À force, interrompu jamais que par les dessins crus tandis que cocasses quoique remués d’Anne Van der Linden, le respect des règles permet à la trame verticale de se détendre pour faire se tamiser les énoncés. Et c’est là que c’est formidable. Que les fragments puissent avoir des vacillements aussi significatifs, cela valait le coup de revenir en terrain sémantique, même s’il n’y a toujours rien à en attendre de moins carnage. Et pour cause : « notre chemin sera vertical »3. C’est donc pas rien si l’interlignage est aussi régulier. « dans un lieu sordide genre 1975 »4, ce type de suspension bonne à tout faire au point qu’il pourrait se passer des choses terribles, qu’il y a donc une ambiance intenable même si, pour le reste, il ne se passe pas forcément des choses si terribles dans le détail, au seul point de vue du fragment par fragment – alors que, bien sûr, le thème de la drogue, les voix de goering, aliagas, willis, zitrone, docteur doug ross, « voix d’outre tombe et de guy lux »5, « mike brant olympia 71 »6, « voix vaudeville dernier round »7, « voix reconstituée de jack the ripper »8, « voix de brad pitt dans 12 monkeys »9, burroughs et le stade oral dans tous les sens de l’avilissement même pas irréversible : « le prêtre-non officie en string léop/ d ard au garde à vous il dépose l’acide / sur la langue des fidèles »10, « un CDD de bouffeur de queues américaines »11, « “vous reprendrez bien un verre de foutre” »12. Autre exemple de dite phrase automatique décrochement : « “vos paupières sont lourdes vous ne pouvez plus dormir” »13, si bien qu’au-delà du discours automatique, même l’hypnose est devenue impraticable et, d’ailleurs, insomniaque. « “vous vous croyez dans un train de la vie” »14 tellement vrai que la misère sociale même la routine se donne pour un drame une certaine épaisseur destinale. On pourrait dire auto-expréciativement le « “voici notre base de données de bruits empoisonnés” »15. Un dernier fait formel pour la route : les enjambements suraccidentés. Par exemple : « sexe de nourris- / son hypertrophié »16 ou, plus technique : « yeux livides incrustés dans le plafo- / n (i) d de frelons de la culotte »17, voire sciemment pas tout à fait illisible, de ces encastrements en place de retraits efficaces et pas plus fiers que ça à cause de la hauteur de l’effet enchaîné : « slips ouverts génitaux flipf- / lapant la semence noire du reproducteur en chef / le nef plein de schnouf coupée / avec du détergent à ch/ / f iottes bas barbelés glaviottent »18. Mais, le même fait oblige de relever quand le procédé se fait parfois nettement plus chaffouré de sa froideur : « aux 400 coups le séducteur de petites f/ / b illes troquées contre came / le visage du futur crève les yeux ». Si les thèmes sont tellement emboîtés, au-delà du labeur prosodique, c’est donc un fait du carnage : « poupée russe mussolini / “dites haaaaaaaaaaaa” / il enfonce le canon dans la bouche à pipe / entame un va-et-vient sensuel »19 décidément ce que la pornographie n’est même plus le problème : « banque d’images X / fragments d’une grammaire nouvelle de l’agression »20 Et sur les rapports entre misère et délinquance sexuelles, cf. Antoine Hummel, « dettedeladette », revue Enculer n°3, Rennes, association Chien, 2008, p. 49-53, suite à « l’officier éjacule dans doudou de latex »21. Donc, il y a bien une cosmologie très cohérente là-dessous ou qu’importe s’il y a bien quelques vers qui ressemblent à des énoncés gras évasés de surétiration tel « l’homme sécrète du désastre »22 et ne pas compter dessus pour que ça rentre dans le détail. De toute façon, il y a bien un rapport entre l’obligatoire de la concaténation énonciative et « “regarde-moi quand je te baise” »23. C’est ça la poésie : l’avantage, c’est quand tombe dessus, c’est donc pas pour s’appuyer. Sur ce, on trouverait que le carnage… et charognards les qui voudraient les anecdotes en plus. C’est dire qu’un effet du carnage tient dans la tendance de la langue à aimer les codes y compris quand on lui a rien demandé : « cadavres de chats + pneus déferlent »24 ou, d’un autre niveau, le n’importe quoi de l’ère culturel, « générique de maguy vs entombed »25, devrait même – « sifflements de trains de la mort vs. / steve reich »26 – participer de la vitesse à laquelle les choses qui finissent par s’entreprendre « “il y a votre propre voix au bout du fil’ »27 et c’est normal que le lecteur finisse par s’y entendre parler « torture viols ratonnades et + si aff »28 et tu parles que c’est celui qui dit qui : déforestation des supports d’oxygénations psychanalytiques.


David Christoffel



  1 Jérôme Bertin, Fragments du carnage, Elne, Voix éditions, collection Vents contraires, 2008, p. 25.
  2 Ibid., p. 49.
  3 Ibid., p. 7.
  4 Ibid., p. 5.
  5 Ibid., p. 20.
  6 Ibid., p. 25.
  7 Ibid., p. 26.
  8 Ibid., p. 30.
  9 Ibid., p. 38.
  10 Ibid., p. 43.
  11 Ibid., p. 40.
  12 Ibid., p. 19.
  13 Ibid., p. 5.
  14 Ibid., p. 7.
  15 Ibid., p. 8.
  16 Ibid., p. 8.
  17 Ibid., p. 10.
  18 Ibid., p. 11.
  19 Ibid., p. 9.
  20 Ibid., p. 36.
  21 Ibid., p. 43.
  22 Ibid., p. 48.
  23 Ibid., p. 34.
  24 Ibid., p. 18.
  25 Ibid., p. 31.
  26 Ibid., p. 39-40.
  27 Ibid., p. 41.
  28 Ibid., p. 41.

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plexus,

emprunté au latin de basse époque plexus «entrelacement», dérivé de plectere «tresser»

ET

s, la dix-neuvième lettre de l'alphabet et la quinzième des consonnes.


 

 

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